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COMMUNE
DE LA POTERIE MATHIEU
Limites : Saint Etienne, Saint Georges du Vièvre, Lieurey, La Noe Poulin
Hameaux : La Harourie, l’Austerie, La Capelle, l’Epée, la Heutterie, l’Eglise, le Mont-Chatou, le Ramier, la Peignerie (qui était un fief), la Griserie, la Quenoterie, la Pépingerie, la Haute-Voie.
Superfice : 641 ha.
Ancien nom de la Poterie Mathieu : Saint Pierre de Véronne
HISTOIRE
Sous la période normande, l’alleu de la Poterie fut possédé par des seigneurs dont le nom fut ajouté à celui de la localité, et on a dit, depuis cette époque, la Poterie Mathieu (on prétend cependant que la Poterie a été appelée Saint Pierre de Véronne).
Le premier de ces seigneurs que l’on connaisse vivait dans la seconde moitié du XIIè siècle, du temps de Robert, fils de Waleran. Il est appelé Mathieu de la Poterie, et employé comme témoin dans la donation faite, à l’abbaye de Préaux, de l’ermitage de la forêt de Brotonne. C’est sans doute lui que nous retrouvons encore dans le Feoda Normanniae, pour le service d’un chevalier. Son fief était membre du comité de Montfort.
Au quatorzième siècle, la seigneurie de la Poterie appartenait en dot à Richard de Livet. Ce personnage est connu pour avoir tué en duel le seigneur de l’épine. Enfermé dans les prisons de l’Evêque de Paris, parce que le duel n’avait pas été autorisé par la cour, il obtint sa grâce le 24 août 1389. Richard de Livet était issu d’une des plus anciennes maisons de Normandie, et l’un de ses ancêtres était devenu seigneur, par son mariage avec Jeanne de Gaillon.
Georges de Livet, fils de Richard, fut prisonnier des anglais : sa rançon fut payée par sa femme et par Richard de Malortie, en 1451. Il avait épousé Marguerite de la Brière, dame de Condé et de la Tillaie. Leur fils, Richard, seigneur de Condé, Bourneville etc… se maria à Gilette de Barville, fille de Jean, qui lui laissa les seigneuries de Frênes et d’Asnières. Le dernier seigneur et patron de la Poterie, du nom de Livet, a été marquis de Barville et est mort en 1830.
Dans un acte de 1679, la Poterie est citée comme une dépendance du marquisat d’Annebaut, alors possédé par les Portier.
En 1724, François-Marc de Châlons, baron de Cretot et Saint Samson, était le seigneur de la Poterie. Les livet redevinrent seigneurs et patrons de cette paroisse par le mariage de L.F de Livet, major du régiment de Carney, infanterie, et gouverneur du fort de DAGSBOURG dans la lorraine allemande, avec Bonne de Châlon de Cretot, héritière en partie de Claude d’Annebaut et de la marquise de Saluces.
Il ne reste plus que les Mottes du manoir seigneurial de la Poterie. Jadis, les vassaux étaient obligés de les entretenir, et d’en battre les eaux dans certaines circonstances.
Les rares maisons de la Vallée sont à plusieurs centaines de mètres. Pourtant le lieu-dit s’appelle « le village ». Au moyen âge, le lieu était en effet, très animé : le plan terrier de 1376 montre l’existence d’une motte féodale à coté de l’église, d’un petit et d’un grand moulin, d’un vivier ainsi que de deux jardins entre le vivier et l’église.
Sur le plan napoléonien, la motte présente encore quelques murs (en 1920-1925 s’élevait encore une porte). Trois familles habitaient près de l’église, trois autres petites fermes entouraient le presbytère et un petit café était installé en face de l’église, le long d’un chemin assez fréquenté à lépoque. La population de la commune s’élevait à plus de 800 habitants au début du XIXè siècle, elle est passée à 420 un siècle après, il y a dix ans il en restait 149.
Les activité agricoles et artisanales étaient très développées : petits éleveurs, tisserands à domicile, meunier…
En rebond de plateau, la veine d’argile était exploitée par des potiers d’où le nom donné à la commune : La Poterie-Mathieu. Mathieu était le premier seigneur du lieu qui participa au siège d’Antioche et à la prise de Jérusalem en 1099. Après la famille Mathieu de la Poterie, ce furent les familles Guillaume Martel puis Richard II et III de Livet, seigneurs du lieu jusqu’en 1584. Ce dernier tua en duel le seigneur de l’Epinay, le duel n’étant pas autorisé par la Cour il fut incarcéré à Paris et gracié en août 1589
L’agriculture s’est modernisée sur le plateau et a presque disparu dans la vallée. L’artisanat s’est éteint progressivement au XIXè siècle sous l’effet de l’industrialisation de la Vallée de la Risle toute proche, les artisans et petits paysans partant s’embaucher dans les usines.
A partir de la fin du XIXè siècle, c’est la route départementale Lieurey-Pont-Audemer traversant le plateau qui va structurer l’espace : la mairie et l’école sont construites le long de cette route, à plus d’un kilomètre de l’église. De même, les habitants permanents vont préférer s’installer à proximité de la route pour la facilité de l’accès, laissant la vallée aux quelques résidents secondaires qui recherchent le calme.
On retrouve cette configuration : église – ancien village dans la vallée et mairie – village nouveau sur le plateau, dans les communes voisines de Saint Siméon, SaintMartin-Saint-Firmin.
Heureusement pour les promeneurs, la motte féodale de la Poterie Mathieu est toujours bien visible dans un pré jouxtant l’église. Il en existe d’ailleurs une seconde sur la colline dans les bois à quelques centaines de mètres.
ARCHITECTURE
EGLISE
La particularité de ce village réside en son cimetière car il y pousse un if et ce, à l’intérieur d’une tombe.
L’église, sous le patronage de Saint Pierre, date du XIIè siècle, en style pseudo gothique tout en conservant deux étroites fenêtres cintrées, deux contreforts en pierre et l’arc triomphal en tiers-point.
On peut admirer, en avant de la nef, le clocher du XIXè à base carrée en silex avec des angles en briques pris en harpe. Il se trouve recouvert d’ardoises au niveau et sous les cloches, se termine par une flèche octogonale à base carrée et abrite une cloche de 1642.
A l’intérieur, des fonds baptismaux en pierre de style Renaissance aux armes de Livet de Barville, seigneur de La Poterie, deux statues en bois du XVIIè siècle représentant Saint Paul, deux statues en pierre de Saint jean l’Evangéliste et de saint Jacques ainsi qu’un saint Louis du XVIè. Le tabernacle est du XVIIè.
A noter aussi des panneaux à fenestrage du XVè.
LE TABERNACLE
1661-1715 : Les ornemanistes sous Louis XIV ( par Nicomas Trotin)
Parce que le site a été préservé, le mobilier de ce petit édifice est un ravissant catalogue de l’art populaire normand juxtaposant un Saint Jacques (fin XVè siècle) à un maître-autel néo-classique des années 1830.
Ce dernier résulte d’un remontage électrique où se mêlent une menuiserie XIXè siècle, un tableau d’autel illustrant le vœu de Louis XIII dans le style ancien, deux tuiles sur toile (1610-1620) représentant deux anges en adoration et un sacraire (vers 1660) formant taberbacle dont la splendide porte est une illustration du premier style Louis XiV, période de l’Histoire de l’Art caractérisée par l’activité des ornemanistes pour la création d’un style nouveau, après la disparition tragique du fameux mobilier d’argent en 1689 sur ordre de Louis le Grand.
Marot, lepautre, Cottel, Claude III Audran en sont, mais parmi ceux-ci, la personnalité de Jean Ier Bérain (1637-1711) se distingue particulièrement.
Bérain fut à la source du décor de la porte du tabernacle de Saint Louis de la Poterie Mathieu. Le tabernacle est conçu comme un édicule à double entablement dont le premier est interrompu par le cadre interne qui est soutenu par deux élégantes figures de grotesques feuillues ; la large porte cintrée prend place à l’intérieur de ce cadre fait d’une moulure à tore et deux gorges et repose sur un soubassement à godrons.
Sur la porte, reposant sur un magnifique cartouche ajouré dont les motifs très calculés sont déjà une caractéristique des arabesques du premier style Louis XIV, deux anges encadrent une figure du Saint Sacrement sous la forme d’un calice à coupe godronnée dont le pied, sous le nœud, est constitué d’un élément de feuillage dont les enroulements viennent contrebuter les genoux fléchis des anges et dont la détermination du culot rejoint le sommet d’une coquille sur laquelle vient s’appliquer une tête d’ange ailé. La partie supérieure de la porte est ornée d’une traverse tournée aux extrémités encastrées dans de larges fleurons eux-mêmes portés sur deux hampes qui disparaissent ingénieusement derrière le drapé flottants des robes des anges. Enfin, le cintre est occupé par un cartel à figure d’ange dont les larges ailes occupent toute la surface du quart supérieur de la porte.
Les visages sont tout à fait emblématique du style précédemment cité ; en effet, un menton rond marque l’axe de symétrie du visage où de belles pommettes rondes encadrent la moue ourlée de la bouche surmontée d’un nez aquilin en prise avec les arcades sourcilières, soulignées sous un front largement bombé et fuyant. Le visage est encadré de cheveux souples, parfois bouclés, dont les ondulations sont réparties symétriquement de part et d’autre du visage. Quant au vêtement ample, il est parcouru d’une ceinture aux plis délicats. Enfin, les figures de grotesques cariatides qui encadrent le tabernacle reposent sur un motif de rocaille traitant le corps de la feuille d’acanthe en perles aux dimensions décroissantes installées sur la veine centrale.
SITE
La croix des carbonniers est l’emplacement du duel entre Richard de Livet et le seigneur de l’Epinay où ce dernier trouva la mort. Or une des conditions de ce duel fut que celui qui périrait lors de ce combat serait enterré sur cet emplacement et une croix serait érigée. On raconte qu’en hiver, on entend le ferraillement des épées des combattants et que l’on peut y rencontrer des animaux fantastiques.
A proximité :
Manoir du Mont-Chatou, second fief des Mathieu.
Sources de la Véronne